François Charlet

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Facebook cesse son "expérience démocratique"

25/11/2012 4 Min. lecture Opinions François Charlet

Il y a trois ans, Facebook avait décidé d’octroyer un droit à ses utilisateurs : celui de voter afin de valider ou de refuser les changements envisagés, notamment concernant les termes d’utilisations du service (CGU) et les dispositions relatives à la protection des données. Facebook propose aujourd’hui de supprimer ce droit.

En résumé, il suffisait que quelques milliers de personnes au moins (sur plus d’un milliard d’utilisateurs !) commentent la proposition de Facebook pour qu’un vote soit organisé. Si cette condition était remplie, tous les utilisateurs de Facebook étaient invités à voter sur le changement proposé. Si 30% au moins des utilisateurs participaient au vote, Facebook devait renoncer à appliquer le changement proposé.

Facebook justifie la suppression de ce vote démocratique pour deux raisons notamment :

1. - Aucun des changements proposés par Facebook n’a réuni suffisamment de personnes pour atteindre ces 30%, et très peu de propositions ont été soumises à ce vote. Une conclusion s’impose donc : les utilisateurs ne se sentent pas concernés. Il est également probable que Facebook n’ait (sciemment ?) pas assez communiqué sur ces propositions de changement, mais on peut douter que le résultat ait pu être différent dans le cas contraire.

2. - La majorité des utilisateurs ne faisait que copier/coller une sorte de lettre type dans les commentaires dans le but d’atteindre le seuil requis pour la mise sur pied du vote. D’ailleurs, sur la page proposant la suppression de ce vote, tous les utilisateurs ou presque copient/collent le texte suivant :

Conformément à la législation, à la réglementation et à la jurisprudence en vigueur et notamment à la Loi Informatique et Liberté de 1978 (loi n°78-17 relative à l’informatique, aux fichiers et aux libertés du 6 janvier 1978) et à ces textes d’application, J’INTERDIS FORMELLEMENT à toute personne physique, à toute personne morale, à toute institution ainsi qu’à toute agence de toute structure, qu’elle soit publique, privée, multinationale, gouvernementale ou autre, y compris, mais sans s’y limiter liée aux gouvernements de l’Union Européenne, de la République Française, de la Pologne, de la Suisse, du Canada, du Royaume-Uni, de l’Irlande, de l’Islande ou des États-Unis d’Amérique, quelle qu’elle soit, l’utilisation et la divulgation de tout ou partie des données me concernant (écrits, photos, images, publications, échanges privés ou publics et tout autre document mentionnant mon nom ou me concernant) à des fins commerciales, sans mon consentement écrit. J’ajoute qu’un tel consentement relativement à une donnée bien précise ou à un groupe de données bien précis ne saurait en aucun cas être étendu à une ou plusieurs autres données ou groupe de données, quand bien même un lien de quelconque nature existerait entre ces éléments.

J’AVERTIS toute personne physique, toute personne morale, toute institution ainsi que toute agence de toute structure, qu’elle soit publique, privée, multinationale, gouvernementale ou autre, y compris, mais sans s’y limiter liée aux gouvernements de l’Union Européenne, de la République Française, de la Pologne, de la Suisse, du Canada, du Royaume-Uni, de l’Irlande, de l’Islande ou des États-Unis d’Amérique, quelle qu’elle soit, qui tenterait d’utiliser ou de surveiller ce site Web ou l’un des sites qui lui sont associés, que VOUS N’AVEZ PAS MA PERMISSION d’utiliser la moindre des informations contenue et/ou liée à mon profil, ni aucun des contenus qui s’y trouvent référencés et/ou présentés et/ou mentionnés, y compris, mais sans s’y limiter, les photos ainsi que les observations et commentaires faits au sujet de celles-ci ou tout autre image, qu’elle soit artistique, photographique ou de toute autre nature, postés sur mon profil par moi ou tout autre utilisateur de ce site Web.

Vous êtes avisé qu’IL VOUS EST STRICTEMENT INTERDIT de divulguer, de copier, de distribuer, de diffuser, ou de prendre toute autre action contre moi à l’égard de mon profil et le contenu des présentes, de quelques manières que ce soit. Les interdictions ci-dessus s’appliquent également à vos employés, agents, étudiants ou tout membre du personnel sous votre direction, votre autorité ou votre contrôle.

Le contenu de mon profil est privé, contient des informations confidentielles et est protégé par la loi.

Toute violation des droits, interdictions et restrictions ci-mentionnés est punie par la loi et fera l’objet de poursuites judiciaires.

UCC 1-103 1-308 TOUS DROITS RÉSERVÉS SANS PRÉJUDICE

Sans vouloir revenir sur le contenu de ce texte – qui n’a d’ailleurs aucune valeur puisqu’en acceptant d’utiliser Facebook, l’utilisateur a consenti à ce que toutes les données qu’il fournit au service soient utilisées ; il ne peut pas en interdire l’utilisation à moins de rompre le contrat qui le lie à Facebook, ce qui ne peut se faire qu’en désactivant puis en supprimant son compte –, il faut bien admettre que les raisons invoquées par Facebook sont loin d’être mauvaises. Son idée de base, il y a trois ans, était même excellente, mais en pratique elle s’est heurtée à l’indifférence générale.

Les utilisateurs peuvent donc montrer leur mécontentement et pousser des cris d’orfraie, mais c’est un peu tard.