Parents, réfléchissez avant de publier sur Internet des informations sur vos enfants

Au risque de paraître vieux jeu ou de dramatiser une situation qui, à vos yeux, ne l'est pas, je m'inquiète beaucoup des conséquences qu'auront les actions de parents qui publient sur Internet des photos et informations sur leurs enfants (en particulier en bas âge et avant ou pendant l'adolescence).

De plus en plus de parents montrent et dévoilent "au monde" ou à un grand cercle de personnes des images et des informations souvent personnelles sur leurs enfants (via Facebook, Instagram, Twitter, etc.) : photos d'échographie, lieux de vacances, style d'habits, ce qu'ils mangent, s'ils ont des frères et sœurs voire des jumeaux, leur première visite au cirque, leur baptême, etc. Quand on estime que 79 % des parents jugent Facebook "dangereux" pour leurs enfants, ça laisse pantois.

Même si je comprends que des parents soient fiers de leurs enfants, aient envie de montrer comme ils sont beaux, à quelle vitesse ils se développent et grandissent, j'estime qu'un enfant a le droit, plus tard, de pouvoir créer son identité numérique – ou de ne pas en avoir –, de toute pièce et individuellement, sans qu'elle soit influencée par les publications antérieures des parents. Le fait que ses parents partagent des photos et informations à son sujet avant l'âge où il sera capable de comprendre comment façonner son identité numérique tend à diminuer voire à détruire cette possibilité.

Et qu'en est-il des enfants qui, lorsqu'ils sont en âge de décider, ne veulent pas être en ligne ou se retrouver avec des informations et photos en ligne à gérer ? Est-il nécessaire de rappeler que les informations partagées aujourd'hui seront probablement encore en ligne et accessibles pendant des années, si ce n'est pour toujours, par exemple "grâce" aux services d'archivage ?

Certes, il faut reconnaitre que la confiance des utilisateurs est primordiale pour les réseaux sociaux et services analogues (le récent exemple d'Instagram est plus qu'évocateur). Cet argument devrait nous rassurer. Ce n'est pas mon cas. Je pense qu'il ne faut pas faire confiance au futur de ces réseaux sociaux et autres moyens numériques de partage, car les gens qui les ont conçus n'y ont pas forcément réfléchi. Et c'est précisément parce qu'on n'y a pas vraiment réfléchi qu'il faut penser à nos habitudes de partage d'informations qui nous concernent ainsi que les enfants. Nous n'avons pas le recul nécessaire pour évaluer les implications et autres risques : avant de divulguer ou transmettre ces informations, il faut se rendre compte qu'une fois divulguées ou transmises, elles ne pourront pas être "reprises" ou simplement supprimées sans laisser de trace. Imaginez un enfant qui arrive à l'école, le premier jour, et se fait déjà railler à cause de photos personnelles publiées et librement accessibles, par exemple ? Suivant l'âge qu'il a, l'expérience peut être traumatisante. (Et je vous laisse imaginer les autres dérives.)

Souvenons-nous que le droit à l'oubli n'existe pas sur Internet. Et que la vie privée mérite d'être conservée et protégée, surtout lorsqu'on est jeune. Alors, réfléchissons à deux fois avant de publier sur Internet des photos et informations sur les enfants, même dans un cercle restreint de personnes.

Que dit le droit sur cette question ?

Intéressons-nous à l'aspect légal en Suisse. Ce qui suit est un bref exposé de la situation juridique suisse concernant les droits de l'enfant relatif à sa personnalité.

Un enfant mineur peut-il s'opposer à ce que ses parents (ou d'autres personnes) partagent des informations sur Internet à son sujet, et demander, le cas échéant, à ce qu'une personne le représente en justice contre ce qu'il estime être une atteinte à sa personnalité ?

Répondre à ces questions revient notamment à se demander ce que sont un droit de la personnalité et la vie privée, si l'enfant mineur est capable de discernement, ce qu'est une atteinte, etc.

La personnalité

La personnalité désigne l'ensemble des biens et des valeurs qui appartiennent à une personne du seul fait de son existence. Sont compris dans cette notion : l'intégrité corporelle, la vie psychique, l'honneur, le domaine secret, la vie, la liberté de mouvement, la liberté sexuelle, la vie privée, etc.

La vie privée

Le droit au respect de la vie privée implique le droit de prendre part à la vie en société, ainsi que le droit de s'en tenir à l'écart. Il comprend aussi le droit à l'image : une photographie ne peut être prise, publiée ou utilisée sans droit, tant que cela appartient au domaine privé de la personne concernée. A ce sujet, il faut savoir que les faits accomplis en public sans la volonté d'attirer l'attention peuvent relever de la sphère privée. Par exemple, une conversation téléphonique qu'on a dans la rue relève de la sphère privée même si les personnes qui nous entourent peuvent l'entendre ; de même, faire du shopping dans un magasin pendant les heures d'ouverture peut relever de la vie privée.

A lire aussi :  Droit d'accès : et si on doit saisir la justice ?

Le Tribunal fédéral différencie trois sphères en la matière :

1. - la vie intime (les faits et gestes qui doivent être soustraits à la connaissance d'autrui, à l'exception des personnes à qui ces faits ont été spécialement confiés) ;

2. - la vie privée (les faits et événements que chacun veut partager avec un nombre restreint de personnes auxquelles on est attaché par des liens relativement étroits, comme des proches, amis, etc.) ; et

3. - la vie publique (les faits et événements accessibles à la connaissance de tout un chacun).

Si la limite entre la vie privée et publique est différente pour chaque personne (par ex. pour les personnalités publiques ou autres célébrités), il n'en reste pas moins que la protection légale de l'art. 28 du Code civil suisse ne couvre en principe que les faits de la vie intime (santé, conflits familiaux, secrets financiers, goûts et préférences sexuelles, etc.) et de la vie privée.

La capacité de discernement

Concernant la capacité pour un enfant mineur de se déterminer sur une situation (le "discernement"), le droit suisse dit ceci, à l'art. 16 du Code civil suisse :

Toute personne qui n’est pas privée de la faculté d’agir raisonnablement en raison de son jeune âge, de déficience mentale, de troubles psychiques, d’ivresse ou d’autres causes semblables est capable de discernement au sens de la présente loi.

Selon l'art. 17 de cette même loi,

Les personnes incapables de discernement, les mineurs et les personnes sous curatelle de portée générale n’ont pas l’exercice des droits civils.

Grossièrement résumé, l'exercice des droits civils est l'aptitude d'une personne à faire produire à un comportement des effets juridiques (qu'ils soient voulus ou non).

La notion de capacité de discernement est définie à l'art. 16 du Code civil suisse et, selon le Tribunal fédéral (arrêt 9C_209/2012 du 26 juin 2012),

Cette disposition comporte deux éléments, un élément intellectuel, la capacité d'apprécier le sens, l'opportunité et les effets d'un acte déterminé, et un élément volitif ou caractériel, la faculté d'agir en fonction de cette compréhension raisonnable, selon sa libre volonté. La capacité de discernement est relative : elle ne doit pas être appréciée dans l'abstrait, mais concrètement, par rapport à un acte déterminé, en fonction de sa nature et de son importance, les facultés requises devant exister au moment de l'acte.

Pour avoir l'exercice des droits civils, il faut donc être majeur, avoir la capacité de discernement et ne pas faire l'objet d'une mesure de protection générale (comme une curatelle). Un mineur n'a donc pas l'exercice des droits civils.

Toutefois il existe une réserve importante à l'art. 17. L'art. 19c du Code civil suisse nous apprend que :

Les personnes capables de discernement mais privées de l’exercice des droits civils exercent leurs droits strictement personnels de manière autonome ; les cas dans lesquels la loi exige le consentement du représentant légal sont réservés.

Certains droits peuvent donc être exercés par l'enfant mineur sans le consentement ni l'intermédiaire du représentant légal pour autant que l'enfant mineur soit capable de discernement. On considère qu'il existe un lien très fort qui lie ces droits à l'enfant mineur et à sa vie personnelle, raison pour laquelle un mineur doit pouvoir les protéger, même contre l'avis de son représentant légal et surtout sans qu'il soit nécessaire pour le mineur d'être représenté par son représentant légal.

On différencie les droits strictement personnels absolus et les droits strictement personnels relatifs. Les premiers ne peuvent être exercés que par leur titulaire, toute représentation étant exclue (même en cas de minorité ou d'incapacité de discernement) ; les seconds ne peuvent être exercés que par leur titulaire, s'il est capable de discernement (à défaut, leur exercice reviendra au représentant légal).

Les droits de la personnalité font partie des droits strictement personnels relatifs. Lorsqu'il est capable de discernement, seul l'enfant mineur peut consentir à une atteinte portée à sa personnalité, par exemple à son image, à son nom ; il peut également exercer seul les actions des art. 28a et suivants du Code civil suisse en cas d'atteinte à sa personnalité (définie à l'art. 28 du Code civil suisse). De plus, le mineur capable de discernement a la capacité d'exercer seul son droit d'accès selon l'art. 8 de la loi fédérale sur la protection des données.

Toujours selon le Tribunal fédéral (arrêt du 2 avril 2008 publié aux ATF 134 II 235),

le code civil suisse ne fixe pas un âge déterminé à partir duquel un mineur est censé être raisonnable. Il faut apprécier dans chaque cas si l'enfant avait un âge suffisant pour que l'on puisse admettre que sa faculté d'agir raisonnablement n'était pas altérée par rapport à l'acte considéré.

Dans cet arrêt, le Tribunal fédéral a confirmé qu'une fille d'un peu plus de treize ans était à même de comprendre les lésions dont elle souffrait et de choisir ou de s'opposer à un traitement médical ou thérapeutique, même contre l'avis de sa mère.

La patiente était, à son âge, apte à comprendre les renseignements donnés successivement par chacun des deux praticiens, à saisir la lésion dont elle souffrait, à apprécier la portée du traitement proposé, ainsi que son alternative, et à communiquer son choix en toute connaissance de cause.

Dans le même arrêt, le Tribunal fédéral rappelle encore que

la preuve de la capacité de discernement pouvant se révéler difficile à apporter, la pratique considère que celle-ci doit en principe être présumée, sur la base de l'expérience générale de la vie. Cette présomption n'existe toutefois que s'il n'y a pas de raison générale de mettre en doute la capacité de discernement de la personne concernée, ce qui est le cas des adultes qui ne sont pas atteints de maladie mentale ou de faiblesse d'esprit, à savoir des états anormaux suffisamment graves pour altérer effectivement la faculté d'agir raisonnablement en relation avec l'acte considéré. Pour ces derniers, la présomption est inversée et va dans le sens d'une incapacité de discernement. Par analogie, on peut présumer qu'un petit enfant n'a pas la capacité de discernement nécessaire pour choisir un traitement médical, alors que la capacité de discernement pourra être présumée pour un jeune proche de l'âge adulte. Dans la tranche d'âge intermédiaire, l'expérience générale de la vie ne permet cependant pas d'admettre cette présomption, car la capacité de discernement de l'enfant dépend de son degré de développement. Il appartient alors à celui qui entend se prévaloir de la capacité ou de l'incapacité de discernement de la prouver, conformément à l'art. 8 CC.

En définitive, si l'on admet qu'un enfant, dans le cas où il est capable de discernement, peut consentir ou s'opposer seul à un traitement médical, il en ira de même quand il s'agira de publier des photos et informations sur Internet à son sujet si elles relèvent de sa vie privée. Avant qu'il soit capable de discernement, les parents pourront librement décider de la (non-)publication ; dès qu'il est capable de discernement, l'enfant pourra consentir (expressément ou tacitement) ou s'opposer à cette publication. Le consentement peut être révoqué en tout temps pour n'importe quel motif.

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Les actions possibles de l'enfant

Il pourra ester en justice et choisir un représentant afin de protéger ses droits de la personnalité, même s'il agit contre ses parents et/ou sans leur accord (art. 28 et suivants du Code civil suisse).

Il faut qu'un de ses droits de la personnalité soit atteint (l'atteinte est un trouble subi du fait du comportement d'une tierce personne). L'atteinte doit en plus être illicite : la victime n'a pas consenti à l'atteinte (par ex. une photo prise à l'insu d'une personne ne suppose pas qu'elle consent à sa publication), la loi n'autorise pas l'atteinte et aucun intérêt public ou privé prépondérant ne la justifie.

Conclusion

Pour autant que leur enfant bénéficie de la capacité de discernement, ce qui, en dehors d'un tribunal, est à la "libre appréciation" des parents, ces derniers doivent demander l'accord de leur enfant avant d'entreprendre des actes qui pourraient potentiellement nuire à sa personnalité, même s'ils paraissent aussi anodins que de publier une photo de lui sur Internet.

Evidemment, le droit impose ici une obligation qui n'est que rarement sanctionnée si elle est violée. D'ailleurs, on pourra toujours soutenir que l'enfant a consenti tacitement à la publication, ce d'autant plus aisément que l'enfant n'osera peut-être pas dire non à ses parents. De plus, une "mode sociale" tend aujourd'hui à bafouer les droits de la personnalité : on se prend sans arrêt en photo et ensuite on publie ces photos sur Internet sans même demander aux personnes qui y figurent si elles sont d'accord. Non seulement ce n'est pas acceptable, mais c'est contraire au droit. Alors que des adultes oseront demander à ce que la photo soit retirée, les enfants n'oseront peut-être pas le faire, ou moins facilement. C'est précisément parce qu'ils sont plus fragiles qu'ils doivent être mieux protégés. Et cette responsabilité revient aux parents.

(Sources de la plupart des informations juridiques : Deschenaux/Steinauer, Personnes physiques et tutelle, Stämpfli Verlag)

François Charlet

François Charlet

200% juriste, 189% geek, 154% lecteur, 132% cinéphile, 76% gamer, 100% lui-même, et encore.

22 réponses

  1. ju dit :

    Je suis expat aussi et je me laisse avoir a la tentation de publier des photos de mes enfants (aussi) sur Facebook. Je suis d accord avec Seb que ce style de vie engendre plus facilement l'étalage (ou le partage) de notre vie. Quand on est a l autre bout du monde, c est une solution de facilité que de "publier" plutot que de charger une piece jointe sur email (beaucoup plus lent quand les connexions sont pitoyables)...
    Bref, je suis d'accord AUSSI avec l'article et la plupart des réactions a celui-ci. Cela me fait réfléchir... J'ai en effet toujours eu cette sensation de devoir "eviter" la publication de photos de mes enfants et d'en limiter les acces. Le "modernisme" m'a rattrapée :-) Nous sommes loin de maitriser toutes les infos malheureusement.
    Merci d'avoir lancé le sujet sous cette approche en tout cas. Cela permet de mettre des mots sur des ressentis, de remettre en question ma manière de procéder et de pouvoir en RE-discuter dans mon entourage...

  2. AcideBase dit :

    Merci pour ton article.

    Je ne peux m'empêcher de me poser quelques questions, cependant. Comme : n'est-il pas illusoire de penser qu'à l'avenir nous pourrons garder le contrôle de notre identité digitale ? Ou : comment faire en sorte que les réseaux sociaux remplissent leur rôle de partage tout en favorisant la vie privée - bref, comment résoudre le paradoxe du partage, tout en se protégeant et protégeant nos proches ?

    Tu propose le NAS, mais honnêtement, cela reste une ressource de geek ou de pro. Et comme qqun d'autre le relève, il devient de plus en plus difficile de garder les adresses e-mails de tout le monde. Le passage par les réseaux sociaux devient de plus en plus nécessaire si on veut vraiment toucher tout ceux que l'on souhaite toucher sans trop d'effort (la lettre postale... hum...).

    Je vois deux solutions :

    1. Premièrement, que les réseaux sociaux, Facebook en particulier, augmentent leur puissance/capacité à permettre des partages discriminants. (Google+ est un bon élève : les cercles sont différenciés tout en étant cumulable pour le partage d'une information en particulier, ce que ne permet pas Facebook.) Exemples : la photo de ma fille : partagée uniquement avec ma famille + les amis les plus proches ; mon commentaire sur la guerre en Syrie : avec tout le monde, etc.

    2. Deuxièmement, permettre les posts (textes, photos) périssables (2 jours, 2 semaines, 2 mois, 2 ans). Au choix, au cas par cas.

    Pour ma part, si je fais attention aux informations que je mets en ligne au sujet de ma fille (jamais rien de dégradant), je favorise G+ parce que je peux limiter à des cercles particuliers des infos sans les rendre redondantes ; et puis au bout de qq jours / semaines, je les efface manuellement.

    J'ai trouvé ce compromis, tout en étant conscient que mes photos ont peut-être été copiées par X ou Y (quand ce n'est pas biG brother lui-même) avant de les effacer. Mais finalement, le risque zéro n'existe pas, quelque soit la solution adoptée.

    (Et paf ! un pâté de plus pour ta pomme. :-))

    • (Tu sais que ma pomme aime tes pâtés. Au sens "tache d'encre" du terme. ;-) )

      Garder le contrôle sur l'identité numérique est peut-être illusoire, mais avoir la possibilité de commencer à la construire soi-même et sans que les autres n'aient mâché le travail à ta place, c'est souhaitable et envisageable assez facilement, aujourd'hui comme demain. Il suffit juste de faire attention à ce qu'on publie sur les autres.

      Oui, le NAS est sans doute pour les geeks, je donnais cet exemple car les données restent chez toi, ne sont pas stockées chez un tiers (le cas échéant à l'étranger) et pourtant accessibles à toute personne autorisée.

      La première solution que tu proposes est un pas dans une bonne direction. La seconde n'empêchera pas d'autres personnes d'enregistrer le fichier, d'un faire une copie d'écran, et de le partager plus loin sans aucun limite de temps. (Mais l'idée va aussi dans le bon sens, je crois.)

      Et en effet, le risque zéro n'existe pas. Mais j'estime qu'il est important que les enfants soient spécialement protégés. Je ne l'ai pas été, j'ai tout découvert moi-même, j'ai tout appris moi-même et j'aurais pu apprendre les mauvais comportements, faire des erreurs grossières, porter préjudice à d'autres personnes.

  3. chab dit :

    Bonjour
    Merci beaucoup pour la prise de conscience.
    Et je pense qu'il faut aussi penser aux prédateurs. Leur offrir en pâture une photo des cibles potentielles avec toutes les informations utiles....
    Pour se soigner, il suffit de les imaginer en train de s'exciter devant la photo en ligne d'un de tes gamins... tu comprends d'un coup plus vite le danger.

  4. Claire dit :

    Excellent article ! Cependant, la notion de droit au respect de la vie privée et à la protection de sa propre personnalité est-elle seulement connue des enfants (sans parler d'une grande partie des parents) ? Qui devrait les informer ?

    • Si j'écris ce billet, c'est précisément dans le but d'informer les parents – et les enfants suffisamment téméraires et masochistes pour me lire. :-)

      Cela étant, cette responsabilité revient aux parents. A eux de s'informer avant d'utiliser Internet. Quand on reçoit un outil, une machine, on regarde d'abord le mode d'emploi avant de l'utiliser. Internet c'est pareil. Et dans ce cas, je ne pense pas que ce travail revienne à l'école. Déjà qu'elle dispense l'éducation sexuelle (alors que ce n'est pas vraiment son rôle, selon moi), si elle doit aussi informer sur la sécurité sur Internet... bientôt les parents ne seront là que pour alimenter et habiller les gosses. ;-)

    • burninghat dit :

      Je n'ai rien de très constructif à répondre à ce billet (tu me sais acquis à la cause) mais je voulais juste dire quand j'ai lu "Quand on reçoit un outil, une machine, on regarde d’abord le mode d’emploi avant de l’utiliser", j'ai bien ri. Merci ;-)

      Aparté: la fameuse question du rôle de l'école et des parents… Pas pour rien que les gouvernements ont glissé du concept d'instruction à l'enseignement puis enfin à l'éducation en France puis en Suisse et ailleurs. Franck Lepage l'a tellement bien souligné dans son premier "Inculture (1): l'éducation populaire, monsieur, ils n'en ont pas voulu".

    • Dans ce cas, je dois être de la vieille école, au sens propre comme au sens figuré. ;-)

    • burninghat dit :

      yep, moi aussi :-)

  5. Lugrin dit :

    Oh zut, moi qui voulait mettre les photographies de notre dernière cuite. Après ton article, je n'ose plus !

    Mon Cher, Je te félicite pour ton travail d'enseignement. C'est incroyable, pour quelqu'un comme moi, de constater le déballage intime des gens sans percevoir les conséquences de celui-ci. Je me suis mis sur facebook, il y a quelque temps déjà, dans le but de diffuser mon travail, mais je n'arrive pas à crocher. Pour moi, c'est un peu comme pisser en public sans se retourner. Je me réjouis de te (vous) revoir.
    Amitiés
    Jean Lugrin (c'est mon pseudonyme !)

  6. Séb dit :

    En tant qu'"expat", habitué à changer de pays toutes les x années avec toute la famille, les réseaux sociaux sont un moyen de rester en contact avec la famille et les amis en Suisse, ainsi que ceux noués dans chaque pays. Ayant entendu quelques « sales histoires » nous avons cessé de publier sur facebook les photos incluant les enfants, depuis maintenant 6 mois. Mais il est vraiment difficile de résister à la tentation de partager celles du petit dernier, que tout le monde réclame. J’ai fini par les envoyer par e-mail, mais quelle est la différence entre une photo mise comme « album » sur facebook (que théoriquement seuls les « amis » peuvent voir), et une photo envoyée par e-mail à ces mêmes personnes ? Dans les deux cas ils peuvent les enregistrer sur leur ordinateur, ce qui à votre avis présente un risque, et serait même illégal vis-à-vis de l’enfant ! L'autre problème est que nombre d'amis n'utilisent carrément plus l'e-mail (ou en changent tout le temps) et on ne peut plus les contacter que par facebook ! Quel autre moyen de partager des photos quand on vit à l’autre bout du monde ? J’ai remarqué que mes amis restés en Suisse sont très prudents, par contre mes collègues expatriés étalent leur vie…

    • J'ai envie de vous dire que le moyen le plus sûr serait d'imprimer les photos et les envoyer par la poste. ;-)

      Facebook est un formidable moyen de garder contact, c'est évident. Comment faire pour l'utiliser en respectant la vie privée d'autrui ? Demander à la personne concernée, à chaque fois, son autorisation pour envoyer/mettre à disposition (publiquement ou dans un cercle restreint de personnes) des informations ou photographies à son sujet. En Suisse, légalement, vous êtes en principe couvert.

      L'envoi par e-mail est un bon moyen pour garantir que la photographie n'est communiquée qu'au(x) destinataire(s). Si ce(s) dernier(s) la transfère(nt) à d'autres personnes, ça pose un problème car vous n'avez pas autorisé ce transfert, même implicitement.

      Maintenant, soyons clairs : envoyer des photos par quelque moyen numérique que ce soit ne vous permet pas de garantir qu'elles resteront privées et seulement "dans les mains" des personnes auxquelles vous les avez envoyées. Mais le problème est le même quand vous envoyez une photo sur papier.

      Enfin, même en stockant vos photos chez vous, par exemple sur un disque dur réseau (NAS) auquel vos proches peuvent accéder depuis Internet, et en n'autorisant pas leur téléchargement, le fait d'afficher la photo sur l'écran n'empêche pas vos proches de faire une capture d'écran et d'avoir une copie de la photo chez eux, alors même que vous l'avez interdit.

      Bref, au vu de la facilité du partage, afin d'éviter les fuites ou usages non autorisés, mieux vaut ne rien publier sur Internet. Mais ça, personne ou presque n'est prêt à le faire. Et je suis le premier à le comprendre. Tout ce que je demande, c'est que les gens réfléchissent avant de partager.

  7. Silvio dit :

    Bien pensé, c'est vrai que je n'ai jamais pensé à ce genre de problèmatique. D'autre part, quand je vois le jeunes et même très jeunes sur fb et autres, je pense qu'il y a aussi un autre problème, c'est la protection des mineurs contre eux-mêmes ! C'est une autre problèmatique, c'est clair, mais à mon avis, il faut pondérer ce que publient les parents avec le fait que les "gamins" en font beaucoup plus dès qu'ils le peuvent (la plupart d'entre eux en tout cas)...

    • "Ils en font beaucoup plus", ce n'est pas faux. Mais pourquoi en font-ils autant, voire plus ? L'une des réponses est certainement qu'ils suivent l'exemple de leurs proches.

  8. Vigile dit :

    Excellent article que je vais référencer dans les ressources du portail "Vigilance Internet". Au delà de l'aspect juridique et le cadre légal qu'il FAUT respecter, l'impact psychologique est effarant pour les mineurs qui ont m'impression d'être dans le virtuel comme dans une bulle protégée.

    Lorsque la coquille éclate, ces enfants se retrouvent désemparés par certaines violences et dégâts qu'ils ont engendré ou contribué à engendrer. Et cela commence par les parents qui votent (pétitions, pour ou contre, groupes divers) sous le coup de l'émotion sur les réseaux sociaux, qui diffusent leurs états d'âmes sans réfléchir,etc...

    Rien n'est anodin, dans la vie comme sur le web. La différence, c'est qu'effectivement sur le web, TOUT peut-être stocké. Et dans la mesure où le coût de stockage est insignifiant, je pars sur le principe que tout EST stocké.

  9. Marie dit :

    Oh comme je suis heureuse de lire cet article ! Je suis 100% d'accord ! Ce n'est pas aux parents de créer l'empreinte numérique de leurs enfants, au contraire nous devons les protéger au maximum et ne jamais rien publier qui puisse leur faire du tort. Dans mon cas ça passe par aucune photo d'eux, je ne dis même pas leurs prénoms. Mon ainé commence à se faire son identité en ligne, nous l'avons éduqué et sensibilisé aux différents risques et il prend cela très au sérieux. J'ai d'ailleurs parlé de ce problème dans l'article que je laisse en signature, dans le dernier paragraphe. Vous lirez dans les commentaires les réactions de mon fils ainé qui, je pense, a bien compris et est totalement en accord avec vous.

  10. Dufour dit :

    Intéressant mais en même temps ça veut dire plus aucune communication par le biais de l'informatique. Email, commande d'album photo en ligne , etc. La moindre information est stockée quelque part sur le net. Il est impossible de vouloir protéger ses données dès le moment pù elles sont transmises d'un ordinateur à un autre.
    Ne faudrait -il pas simplement mieux choisir ses publications ou envois?
    Le simple fait de respecter son enfant et de ne pas divulguer des informations génantes n'est-elle pas déjà un pas? Bien qu'il soit entendu que seul l'enfant lui même pourrait ressentir sa propre gêne.
    Je pense que ce n'est que le début de ce genre de communication et que nos enfants y seront "contraints".
    Expliquer serait une solution.
    On arrête pas l'évolution...

    • Merci pour votre commentaire. Notez que je n'ai pas dit de renoncer à utiliser Internet ou à partager des informations personnelles ; je pense qu'il faut d'abord y réfléchir et se demander si c'est vraiment nécessaire, qui pourra voir l'information, pour combien de temps, etc. Comme vous le dites, il faut aussi "mieux choisir" les publications et les informations à publier.

      Les services de commande de photo en ligne ne gardent pas forcément les photos que vous leur envoyez. Il faut regarder les conditions générales de ces services, mais ce genre de transfert ne pose a priori pas de risque particulier, à mon avis.

      Ne pas divulguer des informations gênantes n'est pas suffisant à mon avis. Vous relevez à juste titre que seul l'enfant ressent sa propre gêne. Repensez maintenant à votre enfance, vos parents montraient sûrement de temps à autres quelques albums photo à des amis, proches, etc. Ces photos restaient chez vous, le cercle de personne qui a pu les voir était défini, et ces personnes ont sûrement oublié ce qu'elles ont vu quelques jours après. Internet. c'est tout le contraire : les photos ne restent pas sur votre ordinateur, le cercle de personne est souvent indéterminé ou peut être très facilement étendu, et on peut aller rechercher l'information sans vous consulter.

      Il est en tout cas évident que les enfants doivent être sensibilisés à ce problème et apprendre à ne pas partager à tout va, encore moins quand cela touche à la personnalité d'autres personnes.

  11. Salut, j'ai lu en diagonale mais je crois qu'il existe même un nom pour nommer cela : on parle d'existence virtuelle fantôme : tous ces bébés/enfants n'ayant pas encore eu un accès au web, mais ayant déjà une existence virtuelle : une apparence (photos), une personnalité (les parents qui légendent les photos, il y a même des bébés qui tweetent dès le jour de leur naissance), l'âge est connu, le prénom, le nom, (bizarrement très peu d'enfants ont un pseudo, les parents identifient donc clairement leur progéniture comme telle) etc.

    Tous ces petits fantômes, c'est flippant.

  12. Faucon dit :

    Vraiment sympa comme article.
    Je n'avais jamais pensé aux conséquences de la publication de photos dans cette optique là. Il est vrai que comme nous sommes la première génération confrontée à ces réseaux sociaux, on ne pense pas forcément aux conséquences que ça peut avoir par la suite pour des personnes qui ne sont pas nous.

    • Merci ! Je n'y ai pensé qu'après avoir commencé à rédiger cet article. J'ai comparé ma situation quand j'ai commencé à utiliser Internet, les réseaux sociaux, etc. à celle qu'auront les enfants dans une dizaine d'année. C'est dur d'imaginer le futur d'Internet, mais j'ai été vite convaincu de l'atteinte potentielle que représente la publication de ces informations lorsqu'on est enfant.

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