Popcorn Time est-il vraiment "dangereux" et "illégal" en Suisse ? Et BitTorrent ?

Le quotidien Le Temps publie aujourd’hui un article intitulé “Véritable Netflix des pirates, Popcorn Time est une alternative dangereuse”. Le journal analyse le fonctionnement du logiciel et ses bases, ainsi que les conditions générales auxquelles les utilisateurs sont soumis. Mais il omet de regarder précisément ce qu’il se passe sous le capot et de nuancer sa conclusion. Explications.

Un fond d’écran foncé, des couvertures de films et de séries alignées les unes à côté des autres, puis des images de scènes en mode plein écran lorsque l’on clique dessus… Cela ressemble à Netflix, c’est aussi efficace que Netflix, mais ce n’est pas Netflix. Popcorn Time est depuis peu la coqueluche des amateurs de films et de séries TV. Mais voilà, le service, dont l’utilisation est a priori illégale en Suisse, se voit attaqué de manière de plus en plus forte par les studios d’Hollywood.

Voici le premier paragraphe de l’article qui regarde dans la bonne direction, à défaut de voir juste : Popcorn Time n’est pas “a priori” illégal en Suisse. Il l’est, et il ne l’est pas. Ce qu’omet complètement la conclusion de l’article du Temps.

Utiliser Popcorn Time en Suisse est ainsi devenu très difficile. Sans compter que c’est, rappelons-le, illégal.

Très joli glissement du “a priori” à l’affirmation sans détour.

Comme l’explique le quotidien, Popcorn Time est une interface interactive, dynamique et conviviale qui repose sur la technologie BitTorrent, autrement dit du peer-to-peer. Il est inutile, à ce stade, de rappeler qu’en Suisse, [le téléchargement n’est pas répréhensible](/2012/en-suisse-ne-dites-pas-telechargement-illegal/ “En Suisse, ne dites pas “téléchargement illégal”"), mais le partage et la distribution le sont. Comme le peer-to-peer implique en principe que l’œuvre téléchargée est mise à disposition des internautes pendant et/ou après son téléchargement, l’internaute suisse viole le droit d’auteur s’il autorise cette mise à disposition.

J’ai testé Popcorn Time cet automne. J’ai regardé un film complet. Et je l’ai fait sans violer le droit d’auteur. En d’autres termes, j’ai utilisé Popcorn Time légalement.

Comment puis-je en être sûr ? J’utilise depuis des années un outil (Little Snitch) qui me permet d’être notifié quand une application, voire mon système d’exploitation, cherche à établir une connexion sortante. Grâce à cet utilitaire, je peux notamment autoriser, refuser, autoriser une fois, refuser une fois, autoriser pour toujours, refuser pour toujours une connexion précise, toutes les connexions intervenant sur un port précis ou vers une adresse IP déterminée, etc. Et cette application me permet de savoir en temps réel quel est le débit montant et descendant des données au départ ou à l’arrivée de mon ordinateur. C’est donc une sorte de pare-feu (firewall) inversé.

Pendant que je regardais mon film sur Popcorn Time, j’ai évidemment dû autoriser Popcorn Time à communiquer avec les trackers pour obtenir la liste des sources. Cependant, si Popcorn Time m’a évidemment demandé mon autorisation pour me connecter à ces sources, jamais je n’ai partagé un bit du film. Zéro kilooctet. Rien.

Malgré l’avertissement de Popcorn Time dans sa FAQ,

Popcorn Time works using torrents, fair enough. Am I seeding while watching a movie? Indeed, you are. You’re going to be uploading bits and bits of the movie for as long as you’re watching it on Popcorn Time.

je n’ai rien partagé.

Bien sûr, c’est sans doute exceptionnel. Peut-être que le film que j’ai regardé n’avait que des sources et aucune autre personne que moi ne le regardait à ce moment.

Cela étant, j’aimerais rappeler qu’il existe des logiciels, comme Transmission, qui permettent de télécharger des fichiers BitTorrent en toute légalité. Il suffit pour cela de configurer le logiciel en indiquant que le débit d’envoi des données ne peut atteindre au maximum que… 0 Ko/seconde. Et le tour est joué.

Certes, Popcorn Time ne permet pas un tel réglage et son usage doit donc être déconseillé, car son utilisation implique en principe une mise à disposition des données du film regardé.

Néanmoins, le peer-to-peer n’est pas illégal, si l’on bloque le partage. Certes, si tout le monde faisait comme cela, ce mode de partage n’existerait plus.

C’est finalement à vous de décider si le risque en vaut la chandelle.