Le dating selon Facebook

Depuis quelques jours, un nouveau service de rencontres est disponible aux Etats-Unis : Facebook Dating. (Il arrivera en 2020 en Europe.) Il inclut tout ce qu’on peut attendre aujourd’hui de tels services, notamment un profil personnel, un système de “match” qui vous propose d’autres profils sur la base de calculs algorithmiques, etc. Si vous êtes un-e habitué-e de Tinder, vous ne serez pas dépaysé-e. Facebook propose cependant quelques options supplémentaires que lui seul peut vous proposer… puisqu’il vous connait déjà depuis des années.

Les fonctionnalités

Contrairement à Tinder, pas de “swipe right or left” dans Facebook Dating. Au contraire, on peut commencer à parler avec n’importe quelle personne dont le profil s’affiche si on “like” son profil ou si on fait un commentaire sur un des éléments du profil. On peut indiquer qu’on n’est pas intéressé, ou revoir un profil qu’on a passé précédemment.

Comme Instagram appartient à Facebook, il est donc directement intégré à Facebook Dating (peut-être que WhatsApp le sera un jour également). L’intégration d’Instagram permettra à ses utilisateurs d’afficher sur Facebook Dating leurs posts Instagram. Plus tard, il sera possible d’y afficher les Facebook Stories. Instagram sera aussi intégré à la Fonction Secret Crush qui permet aux utilisateurs de Facebook Dating d’indiquer leur intérêt pour un de leurs amis Facebook, pour autant que ce même ami indique un intérêt réciproque. Avec Instagram, les followers pourront aussi faire partie des Secrets Crushes.

Facebook Dating nécessite un “nouveau” profil (ou plutôt, un profil séparé), dont seuls votre nom et votre âge seront transférés depuis votre profil Facebook. Par défaut, Facebook Dating ne vont montrera pas vos amis parmi les matchs qu’il vous proposera sur la base de votre localisation, de vos intérêts, etc. Vous pouvez cependant choisir de voir vos amis parmi vos matchs. Vous pouvez aussi décider de ne pas être matché avec les amis de vos amis afin de rencontrer des personnes hors de votre réseau et du réseau de vos amis. Bloquer des personnes sur Facebook Dating ne les bloquera pas sur votre profil Facebook.

Facebook Dating propose des mesures de sécurité intéressantes : par exemple, avant de rencontrer un-e inconnu-e, Facebook Dating permettra d’écrire rapidement via Messenger à un de vos amis Facebook pour lui communiquer le nom de la personne qui sera rencontrée, l’heure et le lieu de la rencontre. Quinze minutes avant celle-ci, cet ami recevra une notification et pourra recevoir votre localisation en direct, pendant une heure (des changements sont prévus sur cette durée limite).

Les chats sur Facebook Dating seront limités à du texte pur et dur : pas de liens, ni d’images ou vidéos.

Et vos données ?

Facebook Dating va sans doute bénéficier d’un coup de fouet monumental, économiquement, grâce à l'apport de nouvelles données personnelles et sensibles : celles relatives aux échanges sentimentaux, relationnels, voire sexuels issues de nouveaux utilisateurs ou d’utilisateurs actuels peu assidus. Pour l’instant, Facebook indique ne pas vouloir “monétiser” ces données. En effet, il n’y a pas (encore) de publicité dans le service et les annonceurs ne peuvent pas (encore) utiliser les informations pour vous cibler. Mais on voit mal comment la société pourrait se passer de ce nouveau filon et en priver les annonceurs. En effet, Facebook se sert déjà de nombreux outils pour collecter des données au sujets de ses utilisateurs (et aussi des personnes qui n’ont pas de compte), y compris lorsqu’ils visitent des magasins bien réels et non virtuels.

Le lancement de Facebook Dating arrive quelques jours après que Facebook a démontré un important laxisme en matière de sécurité d’une base de données contenant des numéros de téléphone, et qu’il a été amendé à 5 milliards de dollars (notamment) pour violation des règles de protection des données imposées par la FTC. Il fait aussi l’objet d’une class-action d’un montant de 35 milliards de dollars pour violation présumée des règles de l’Illinois sur l’utilisation de technologies biométriques. Pour revenir au laxisme susmentionné, comme d’habitude quand ce genre d’événements se produit, la compagnie se confond en excuses (plus ou moins sincères) et jure qu’on ne l’y reprendra plus puisqu’elle a changé et amélioré ses processus.

Si Facebook est à ce point mauvais en termes de protection et sécurité des données, comment espérer que les informations sur les matches, relations et sentiments des utilisateurs de Facebook Dating seront bien, voire mieux protégées ?

On ne peut raisonnablement pas considérer que Facebook est un partenaire de confiance pour aider ses utilisateurs à garder secret ce qu’ils ne voudraient pas voir étalé sur la place publique, comme leurs échanges intimes, leurs préférences sexuelles, etc.